Chaser : qu’est-ce que c’est, et comment le repérer ?

Le mot revient sans arrêt dans les rencontres trans, presque toujours sans définition. Voici ce qu’il désigne, à quoi il se reconnaît dans un échange, et ce qu’il ne désigne pas.

EmyPublié le Révisé le 6 min de lecture

Chaser, qu’est-ce que c’est ?

En bref

Un chaser est une personne attirée par les personnes trans précisément parce qu’elles sont trans, et qui traite cette transidentité comme la raison principale de son intérêt. Le mot est péjoratif : il désigne une attirance tournée vers une catégorie à collectionner, pas vers une personne à rencontrer.

Le terme est emprunté à l’anglais to chase, « poursuivre, chasser ». Le Wiktionnaire francophone le définit comme une personne — le plus souvent, sans que ce soit exclusif, un homme cisgenre — attirée par les personnes transgenres en raison de leur transidentité. L’article « Attirance envers les personnes transgenres » de Wikipédia en français replace le mot dans un ensemble de termes plus large, dont plusieurs viennent de la littérature clinique du XXe siècle et ne sont plus employés par les personnes concernées.

La différence tient en une ligne : la transidentité devient la raison de l’intérêt, et non un trait parmi d’autres. C’est cette bascule que le mot nomme, et c’est elle qu’une conversation rend visible.

À quoi ça se reconnaît dans une conversation ?

Aucun de ces signaux ne prouve quoi que ce soit isolément. C’est leur accumulation, sur les premiers messages, qui dit quelque chose.

Six signaux à repérer dans les premiers messages

  • L’échange s’ouvre sur le corps. Les premières questions portent sur les opérations, les hormones, l’anatomie — avant toute question sur vous, votre travail, ce que vous cherchez.
  • Le vocabulaire vient d’un site pornographique. Les mots employés sont des noms de catégories, pas ceux que la personne emploie pour elle-même dans son profil.
  • La rencontre doit rester cachée. Pas de café en terrasse, pas de sortie, pas de proches : uniquement des créneaux discrets et un lieu privé.
  • L’intérêt s’éteint hors du registre sexuel. Dès que la conversation devient ordinaire, les réponses se raréfient.
  • Vous êtes comparé·e à d’autres personnes trans. « Les trans, en général… » : c’est un type qui est décrit, pas quelqu’un.
  • Les questions sur l’avant reviennent malgré un refus. Prénom d’avant, photos d’avant, « tu ressemblais à quoi » — reposées après que vous avez dit non.

Qu’en faire dans une conversation ?

Le but n’est pas de rendre un verdict sur quelqu’un, mais de savoir rapidement si l’échange vaut votre temps. Trois gestes suffisent, et aucun n’exige de se justifier.

Ce qui fait avancer l’échange

  • Nommer le fait, pas l’intention. « Tes trois premiers messages parlent de mon corps. Qu’est-ce qui t’intéresse chez moi ? » Une personne qui n’avait pas vu le déséquilibre le corrige ; les autres se braquent, et la réponse est là.
  • Proposer un cadre public. Un appel vidéo court, ou un café en journée. Le refus répété d’un lieu public, sans raison donnée, tranche la question mieux que n’importe quelle discussion.
  • Écrire dans son profil ce qui n’est pas négociable. Une ligne du type « je ne réponds pas aux questions sur mon corps » filtre en amont, sans avoir à la répéter dix fois par semaine.
  • Arrêter sans explication. Bloquer et signaler ne demande ni preuve, ni argumentation, ni dernier message.

Les gestes techniques — capture d’écran, signalement, protection de ses données, préparation d’un premier rendez-vous — sont détaillés dans notre guide de sécurité.

Ce que ce n’est pas

Ce n’est pas « être attiré par une personne trans »

Une attirance n’est pas un problème et n’a pas à être justifiée. Ce que le mot vise, c’est le remplacement d’une personne par une catégorie. La question utile n’est donc jamais « suis-je attiré par des personnes trans ? », mais « est-ce que je pourrais nommer trois choses de cette personne qui n’ont rien à voir avec sa transidentité ? ».

Ce n’est pas un terme médical

« Chaser » n’est ni un diagnostic ni une catégorie clinique : c’est un mot de communauté. Les termes savants que l’on croise parfois à côté appartiennent à une littérature psychiatrique ancienne, recensée par Wikipédia, et ne sont plus employés par les personnes concernées. Les reprendre dans un message n’ajoute aucune précision et déplace l’échange vers un registre médical qui n’a rien à y faire.

Ce n’est pas une étiquette à poser sur quelqu’un

Utilisé comme accusation en pleine conversation, le mot ne clarifie rien et met fin à l’échange. Il est plus utile pour se décrire à soi-même ce qui se passe — et décider de continuer ou non — que pour le dire à l’autre. Le vocabulaire employé dans un premier message compte d’ailleurs pour beaucoup dans ces malentendus : c’est l’objet de notre article sur quel mot employer dans une annonce ou un premier message.

Où ces définitions sont vérifiables

Cette page ne cite aucune étude, aucun sondage et aucun chiffre : il n’existe pas de source publique française qui en fournisse sur ce sujet, et en inventer serait pire que de ne rien dire. Les définitions ci-dessus sont vérifiables ici :

Questions fréquentes

Chaser, ça veut dire quoi ?

Un chaser est une personne attirée par les personnes trans précisément parce qu'elles sont trans, et qui traite cette transidentité comme la raison principale de son intérêt. Le mot est emprunté à l'anglais to chase, « poursuivre », et s'emploie de façon péjorative.

Être attiré par une personne trans, est-ce être un chaser ?

Non. L'attirance envers une personne trans n'a rien de particulier en soi. Ce que le mot chaser désigne, c'est le déplacement de l'intérêt : ce n'est plus une personne qui est désirée, c'est une catégorie, dont on attend qu'elle corresponde à une image préexistante.

Comment savoir si quelqu’un est un chaser ?

On ne le sait pas d'avance et aucune liste ne le prédit. En revanche, une conversation le montre vite : ce dont la personne parle en premier, si elle pose des questions sur vous, et si la rencontre peut exister ailleurs qu'en privé et en secret.

Le mot chaser est-il une insulte ?

C'est un terme péjoratif, mais il vise un comportement et non une orientation. Il sert surtout à nommer une situation entre personnes concernées ; posé comme étiquette sur quelqu'un au milieu d'un échange, il ferme la conversation plutôt qu'il ne la clarifie.